la chasse aux sorcières
La sorcellerie a toujours existé, par contre, la chasse aux sorcières est un phénomène historique par lequel d'innombrables êtres humains (surtout des femmes) furent soumis à d'abjectes tortures par leurs semblables et condamnés à une mort atroce. Ces femmes ne furent pas persécutées par la populace, mais bien par les hommes les plus cultivés, religieux et érudits de leur temps.
(http://www.sheluna.com/histoire_chasse_intro.php)
La première crémation de sorcière a eut lieu en 1275 à Toulouse, donc bien avant la bulle papale d’Innocent VII (1484-1492) qui définissait les termes de la chasse aux sorcières.
Pourtant avant ce texte les sorcières étaient reconnues et respectées, L’église considérait alors que ces femmes agissaient avec l’autorisation de Dieu et que par conséquent il n’y avait rien à redire.
Mais avec l’autorisation papale et l’inquisition c’était la porte ouverte à tous les abus. Des millions de personnes ont été les victimes de ce mouvement : hommes, femmes, enfants, sans abris, indigents, mais aussi les personnes riches qui faisaient ombrage à d’autres. Ceux qui ne mourraient pas sous la torture finissaient au bûcher. Dans les premiers siècles de notre ère l’église se concentrait essentiellement sur l’extermination des hérétiques, et des Manichéens.
1184 marque la naissance officielle de l’inquisition. Cette année là le pape Lucius III déclare que chaque évêque devra visiter deux fois par an chacune des communes de son évêché afin d’y nommer des personnes susceptibles d’aider dans la chasse aux hérétiques et de mettre en place les procès y afférent. Dans certains pays tels l’Angleterre, l’Ecosse ou la Scandinavie, ce système de tribunaux locaux fonctionna sans avoir recours à l’inquisition jusqu’au 15ème siècle. En 1215 un concile décide de livrer les hérétiques à la justice séculière. Le texte fut ratifié par le concile de Toulouse en 1229, en 1231 l’inquisition passa sous la responsabilité papale. Ainsi les inquisiteurs (souvent des dominicains) remplacèrent les évêques. Les tribunaux cléricaux locaux furent annulés en 1235 sur l’initiative de Grégoire IX. En 1375 le pape Jean XXII autorisa que soient poursuivis tous ceux qui pratiquent la magie. Mais, une fois que les divers mouvements hérétiques du sud de la France eussent été réduits à néant l’inquisition eut besoin de nouvelles victimes pour remplir ses caisses. La chasse à la sorcière était donc bienvenue.
De nombreux ouvrages définissant le crime de sorcellerie se sont développés, parmi eux, " LE MARTEAU DES SORCIERES " publié en 1486-1487 par deux dominicains allemands : Institoris et Sprenger. Ce manuel de la persécution des sorciers devint un succès de librairie, réédité dans toute l'Europe : de sa 1ère publication à 1669, trente mille exemplaires auraient été mis en circulation, surtout en petit format afin que les juges puissent le consulter aisément lors d'un procès.
En général, l'ouverture d'un procès était dûe à une rumeur concernant une vieille paysanne ; une information voyait défiler des témoins qui précisaient les accusations puis, s'ouvrait le procès proprement dit : interrogatoire du suspect, confrontation des témoins, torture et aveux, sentence et exécution publique. De plus, sur la base des déclarations, on trouvait d'autres suspects et les bûchers s'allumaient à nouveau. Les témoins étaient payés pour la perte de leur journée de travail . La découverte du sorcier se faisait grâce à l'action spontannée de la justice après la découverte du crime, grâce aux accusations lancées par une personne ayant été victime de sortilèges ou non, grâce à la dénonciation par un sorcier torturé, par un complice ou par un tiers. Souvent, les dénonciations étaient incitées par le haut de la société, les autorités civiles et les prêtres condamnaient vigoureusement les superstitions diaboliques des ruraux qui, alors, se mettaient à dénoncer, de façon anonyme, des voisins, amis,... qui avaient recours à des recettes magiques ; tous s'épiaient car tous les ruraux de l'époque pratiquaient ce genre de recettes, aussi si on n'était pas dénonciateur en premier, on risquait d'être dénoncé, tout le village vivait donc dans cette ambiance de dénonciation et de peur. Une fois dénoncés,il fallait trouver sur les accusés la marque du diable, cela était fait par le " Piqueur " La sorcière avait soit-disant pactisé avec le diable et la signature de ce pacte n'était rien d'autre qu'une marque particulière sur la peau de la sorcière ; cette marque devait être insensible à la douleur, ainsi, le piqueur bandait les yeux de la sorcière puis il la piquait avec des aiguilles sur tout le corps," même dans la bouche et aux parties honteuses ", dès lors que le piqueur avait trouvé un endroit insensible à la douleur, la sorcière pouvait être jugée ...
Le fait d'être superstitieux ou de porter une marque particulière n'étaient pas les seules choses permettant d'être accusé de sorcellerie, la notion d'hérédité était très importante : si on avait eu dans sa famille, même éloignée, une personne accusée de sorcellerie, même des années auparavant, on avait toutes les chances d'être, à son tour.
La haine et les tensions de tous ordres tels que la jalousie, le désir de vengeance etc, constituaient un rôle fondamental lors des accusations de sorcellerie tant à l'époque des grandes persécutions qu'avant et après celles-ci. En effet, la jalousie et la haine ont toujours existé et existeront toujours, et elles suffiront à accuser quiconque de sorcellerie rien que pour le plaisir de nuire à quelqu'un que l'on déteste.
de nouveaux changements, dans les dernières décennies du XVIIè S, ne viennent à nouveau rétablir l'équilibre entre la sorcière et sa communauté rurale d'origine. Le XXè S en a, en partie, hérité. On a donc vu qu'à partir du XVIè S, les élites culturelles et sociales ont développé la théorie démonologique et ont ainsi lancé la chasse aux sorciers ; les paysans essayaient de se raccrocher à leurs croyances tout en éprouvant un sentiment de culpabilité en entendant les prêtres condamner ces superstitions. Peu à peu, les villageois adhéraient aux valeurs nouvelles du catholicisme tridentin qu'ils apprenaient avec les rudiments de la lecture et de l'écriture à l'école paroissiale sous la surveillance d'un curé de mieux en mieux formé... Progressivement, les communautés rurales atteignirent un nouvel équilibre, l'absolutisme ayant triomphé, les révoltes populaires commencèrent à disparaitre et la conquête spirituelle des campagnes progressait vers la fin du XVIIè S. La société paysanne restructurée n'avait plus besoin de rechercher des boucs émissaires : les dominants ne désiraient plus persécuter les pauvres des villages et les juges cessèrent de vouloir mettre à mort les sorciers. La sorcellerie n'était cependant pas totalement morte puisqu'il arrivait encore que certains villageois soumettent à l'épreuve de l'eau un prétendu jeteur de sorts mais cette fois les autorités agissaient en sens inverse, s'attaquant désormais aux calomniateurs et dénonciateurs et protégeant les gens qui étaient encore accusés. Le XVIIIè S vit alors un retour en force des guérisseurs et de la sorcellerie populaire qui reprirent leur place au village et qui souvent ne l'ont pas encore quittée au XXè S. La chasse au sorcières étaient définitivement terminée.
sources:
ROBERT MUCHEMBLED : LA SORCIERE AU VILLAGE
gallimard, 1991